Rue de la Loi : les conseilleurs ne sont pas les payeurs

Rue de la Loi : les conseilleurs ne sont pas les payeurs

Fabrice Grosfilley - Photo Couverture

La politique, c’est une question de pression et de rapport de force. Quand on veut faire bouger un partenaire ou un adversaire, la pression consiste à dire dans les médias ce que ce partenaire ou cet adversaire devrait faire. Depuis quelques jours, la pression est donc forte sur la N-VA et surtout sur le Parti Socialiste, sur le mode “il faut que la N-VA et le PS se parlent, c’est une question de responsabilité.” Le conseil émane de Charles Michel, de Sophie Wilmès, de Maxime Prévot…. Il est martelé à longueur d’interviews dans la presse écrite, à la radio, à la télévision. Le PS devrait donc discuter avec la N-VA, une question de responsabilité politique, de respect de l’électeur, de sens de l’État. Charles Michel a même franchi un palier ce lundi matin sur la Première en estimant que s’accrocher à son programme électoral , c’est facile mais c’est faire preuve d’un manque de courage, d’une faiblesse, voire d’une lâcheté.” Faire preuve de légèreté vis à vis de son programme serait aussi une manière de tromper l’électeur, mais soit, on peut comprendre le sens de la formule : il faut se diriger vers un compromis.

Évidemment, on pourrait souligner que ceux qui passent du conseil à la prescription sont ceux qui ont décidé de faire un pas de coté, soit parce qu’ils sont appelés à un destin européen, dans le cas de Charles Michel, soit parce qu’ils s’estimaient jusqu’à présent hors-jeu pour une participation à un gouvernement dans le cas de Maxime Prévot. Mais soit, le Mouvement Réformateur et le cdH mettent la pression sur le parti socialiste et sur la N-VA. Parlez-vous, faites un gouvernement ensemble, c’est la meilleure solution, assurent les conseilleurs, qui ne sont pas les payeurs.

Ce que la NVA et le Parti Socialiste décident de faire ou pas, c’est à la N-VA et au Parti Socialiste que ça se décide. Avec une équation qui n’a pas bougé depuis des mois. Soit les deux grands partis décident de se rapprocher, mais leur programme sont si éloignés et les intérêts de leur électorat si opposés que cela exige beaucoup de renoncements. Soit le CD&V et l’Open VLD décident d’apporter leur concours à un gouvernement sans la N-VA. On peut faire pression pour le premier scénario comme c’est le cas ces derniers jours. On peut aussi rêver du second. On sait qu’à terme si aucun de deux n’advient, il faudra finalement envisager de convoquer de novelles élections. On pourrait aussi se rendre compte que ni la N-VA ni le PS n’ont intérêt à bouger maintenant. Parce que les deux partis sont au pouvoir dans les régions. Que ces gouvernement régionaux sont en plein travail. La Région bruxelloise a confirmé son plan climat, la Région wallonne commence un ajustement budgétaire. Si finalement le fédéral est dans la panade, ce n’est pas leur problème mais celui des partis qui siègent toujours au sein du gouvernement en affaires courantes, or ni la NVA ni le PS ne siègent dans ce gouvernement résiduel. PS et N-VA ensemble, est-ce que ça a encore du sens ? Est-ce que ça a déjà du sens ou vaut-il mieux fermer d’autres pistes pour y revenir ensuite ? Ce midi, les deux préformateurs Rudy Demotte et Geert Bourgeois ont probablement dans leurs mains quelques éléments de réponse, et ceux-ci plaident pour la fin de leur mission. Ils en feront officiellement part au palais. Le roi Philippe devra ensuite juger de l’opportunité qu’il y a à continuer, à pousser N-VA et PS vers des discussions forcées dont aucun des deux ne semble vraiment vouloir, ou de l’opportunité de tester un autre schéma. On peut donner des conseils, lancer des appels, parler de courage ou de lâcheté dans les journaux ou à la radio. Cela crée un climat, une pression, mais à la fin c’est quand même le souverain qui sera le mieux informé et indiquera la marche à suivre.

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